Scandale !

La Banque mondiale attaque les opérateurs français dans la construction du nouvel aéroport international d’Ivato. « Les premiers mois d’opération de la nouvelle aérogare d’Ivato, construite et gérée par un consortium associant Aéroports de Paris, le fonds Meridiam et les groupes de BTP Bouygues et Colas, risquent d’être perturbés par les conclusions d’une enquête menée par l’unité anti-corruption de la Banque mondiale, dont une filiale a participé au financement du projet » annonce-t-on dans un communiqué de presse.

A titre de rappel, la société concessionnaire Ravinala Airports, formée par le Groupe ADP (35 % de l’actionnariat via sa filiale ADP Management), le groupe Bouygues (20%) au travers de Bouygues Bâtiment International et Colas Madagascar, filiale de Colas, à parité, et Meridiam (45 %), assure depuis le 23 décembre 2016, l’exploitation des aéroports internationaux d’Ivato à Antananarivo et de Fascène à Nosy Be, à Madagascar, dans le cadre d’un contrat de concession signé pour une durée de 28 ans avec le Gouvernement de la République de Madagascar. Le financement du programme d’investissement ferme a été conclu le 25 juin 2017 avec un consortium regroupant cinq banques internationales de développement : la Société Financière Internationale du groupe Banque Mondiale, Proparco, Development Bank of Southern Africa, Emerging Africa Infrastructure Fund Limited et OPEC Fund for International Development, pour assurer, en complément du capital mis en place par les actionnaires de Ravinala Airports, la réalisation des projets ambitieux de développement et de remise à niveau des aéroports internationaux d’Antananarivo et de Nosy Bé . Ces deux aéroports ont respectivement accueilli 845 000 et 147 000 passagers en 2016.

A la veille de l’inauguration du nouveau terminal passager de l’Aéroport d’Ivato, le 15 décembre 2021, le Grand dirigeant a signé à Iavoloha le nouvel accord de concession avec Julien Coffinier, DG du consortium Ravinala Airports et Thierry Déau, fondateur et PDG de Meridiam, l’actionnaire majoritaire du consortium. « Ce consortium Ravinala Airports, dont le capital-investisseur européen Meridiam est le premier actionnaire (Meridiam – 45%, Aéroports de Paris – 35%, Bouygues Bâtiment International – 10% et Colas – 10%), est parvenu à un nouvel accord avec le gouvernement malgache » selon Jeune Afrique. Mais, le Grand dirigeant a insisté sur l’augmentation de la redevance fixe que percevra l’Etat à hauteur de 138 millions d’euros, plus les autres taxes perçues sur un total de 400 millions d’euros afin d’augmenter les recettes fiscales. Il paraîtrait que deux sièges seront accordés à des nationaux au sein du CA du Consortium, et on parlerait d’une annulation de dettes de la compagnie Air Madagascar ?

La Banque mondiale, principal bailleurs de fonds à travers la Société financière internationale (SFI), a été satisfaite de ce projet. La construction du terminal a déjà permis de créer plus de 1000 emplois directs et indirects. L’augmentation prévue du trafic devrait entraîner des opportunités nouvelles pour l’industrie touristique qui a été durement touchée par la crise sanitaire. Le secteur représentait avant le début de la crise entre 7 % à 10 % du PIB, 44 000 emplois directs et était un vivier d’emplois pour plus de 1,5 million de personnes (6 % de la population). Lors de sa visite à Madagascar, le président de la Banque mondiale, David Malpass a déclaré « que c’est un projet essentiel pour le développement » et va contribuer au développement de Madagascar à travers la relance du secteur du tourisme, la création d’emploi et la promotion de l’image de Madagascar sur le plan international.

En tout cas, ADP International, une des filiales du groupe ADP, a signé mardi 04 Janvier 2022, un accord transactionnel avec la société financière internationale (l’IFC), la principale institution de développement axée sur le secteur privé dans les pays émergents au sein du groupe de la Banque Mondiale. Au titre de cet accord, elle n’est plus autorisée, pour une durée de 12 mois à compter de ce jour, à prendre part à des projets financés par le groupe de la Banque Mondiale.

Cette exclusion ne concerne qu’ADP International et les sociétés qu’elle contrôle – et ne comprend donc pas dans son périmètre la société Aéroports de Paris et ses autres filiales, dont les sociétés de TAV Airports.

Elle s’inscrit dans le cadre d’un règlement à l’amiable négocié par ADP International en vertu duquel elle assume la responsabilité de pratiques considérées comme frauduleuses et collusoires intervenues, à partir de 2013 et en février/mai 2015, à l’occasion des procédures d’appels d’offres organisées pour l’attribution des concessions des aéroports de Zagreb en Croatie et d’Antananarivo et de Nosy Be à Madagascar, dont la construction a été partiellement financée par l’IFC.

Cette exclusion est assortie d’une période probatoire de 12 mois supplémentaires durant laquelle ADP International et ses filiales auront la possibilité de prendre part à des appels d’offres pour des projets financés par le groupe de la Banque Mondiale mais devront entreprendre un certain nombre d’actions d’amélioration de leurs programmes et procédures en matière de conformité.

” Cette mesure tient compte de la coopération dont le groupe ADP a fait preuve tout au long de l’enquête menée par la Banque Mondiale, ainsi que des mesures correctives qu’il a prises sur une base volontaire, notamment en faisant effectuer des audits indépendants et en partageant les conclusions avec la Banque Mondiale “, précise le groupe ADP.

Et il ne faut pas oublier, qu’avant la signature du nouvel accord, la Banque mondiale a offert une aide consistante de 100 millions de dollars pour les populations du Sud de Madagascar. On attend l’évolution de cette affaire scandaleuse dans une ambiance de pandémie.

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