Savoir tirer les leçons du passé ! C’est, entre autres, un conseil (si c’est le cas de le dire) sinon une suggestion que le président national de HAFARI (Hery sy Andry Fiarovana Antsika Rehetra Iombonana) Malagasy, Jean Nirina Rafanomezantsoa, lance à l’endroit du président de la République Andry Rajoelina. Pourquoi cette proposition ? Il nous l’explique dans un entretien à bâtons rompus hier lors d’une rencontre impromptue.
Comment voyez-vous la situation actuelle dans le pays ?
- Personnellement, je trouve que le président de la République n’arrive plus à contenir les tiraillements au sein de son entourage. Des intrigues de palais où chacun semble en faire à sa guise alors que les uns et les autres adoptent tous un semblant de langage d’allégeance envers le magistrat suprême du pays. Et cela impacte dans sa gestion des affaires nationales, bien qu’il essaie de le masquer lors de ses déplacements et dans les discours qu’il prononce.
Pour être plus proche des réalités, comment avez-vous trouvé l’année 2021 qui vient de s’écouler ?
- Je dirai que cette année 2021 a été une année des tentations. Je ne suis pas le seul à dire que l’inflation a été à son summum et que la pauvreté s’est accentuée chez la grande majorité de la population malgache. Je conçois qu’à un certain moment, nous avions connu des problèmes de ravitaillement surtout en PPN. Actuellement, ce problème semble en voie de résolution, mais la situation reste la même pour de nombreuses gens qui n’ont même pas les moyens de subvenir à leur subsistance quotidienne. Sans parler de la crise sanitaire engendrée par la pandémie de covid-19. Il y a déjà eu beaucoup trop de décès, mais de même d’autres décès sont survenus à cause d’accidents maritimes ou aériens et surtout terrestres. Toutes ces morts d’hommes et cette pauvreté grandissante m’amènent à dire que cette année 2021 a été une année des tentations pour le peuple malgache. Bien évidemment, il ne sert à rien de se lamenter, mais il faudrait plutôt réfléchir à ce que l’on peut faire pour un avenir plus meilleur de ce pays…
A quoi pensez-vous justement en disant cela ?
- Je pense d’abord à une répartition équitable des richesses du pays. Le Parlement gagnera, par exemple, à faire un inventaire de toutes les richesses nationales. Nous savons tous que des stocks de bois de rose, d’or, de pierres précieuses sont détenus quelque part et font l’objet de trafics illicites. Tous ces stocks clandestins devraient être répertoriés et saisis par l’Etat, et mis en vente légalement. L’argent provenant de cette vente pourra servir ensuite à renflouer les caisses de l’Etat. Concernant particulièrement l’or, son inventaire permettra de savoir, de quelle quantité dispose-t-on exactement pour qu’on puisse l’injecter sur le marché des devises, l’objectif étant d’arriver à une réévaluation de notre ariary qui est pratiquement sans aucune valeur par rapport à toutes les autres monnaies. Je pense ensuite à un comportement plus responsable de tous les Malgaches par rapport aux questions environnementales : arrêter de détruire nos forêts mais aussi, diminuer l’usage des voitures et de tout ce qui peut polluer l’air. Tout cela est faisable si les uns et les autres s’y mettent sérieusement.
Qu’en est-il alors des actions menées actuellement par le gouvernement ?
- Comme je le disais tout à l’heure, l’inflation gagne de plus en plus de terrain dans ce pays. Et que dans l’entourage du président de la République, il n’y a que de l’hypocrisie : chacun pense savoir tout faire alors qu’en réalité ce n’est que pour faire de beaux yeux et bonne image à l’endroit du Président. Je suis cependant sûr que le Président n’est pas dupe. Sauf que, si toutefois il vise 2023, il a intérêt à se défaire de toutes les brebis galeuses de son entourage, quitte à changer complètement de gouvernement. Déjà qu’il est aussi la cible de tirs croisés de certains politiques dont entre autres l’ancien Président Marc Ravalomanana, le président national du MTS Roland Ratsiraka, mais également et surtout de certains de ses proches comme par exemple Siteny Randrianasoloniaiko qui est actuellement devenu le chouchou de l’opposition à Toliara. On chuchote aussi que des partisans de l’IRD dans plusieurs autres régions commencent à changer leur langage pour critiquer les actions d’Andry Rajoelina. C’est ce qui s’est aussi passé pour le président du HVM Hery Rajaonarimampianina, lorsque des militants et partisans du parti ont pris leur distance. Souvenons-nous qu’un de ses plus fidèles entourages, à savoir son Premier ministre Olivier Solonandrasana s’est porté candidat à la présidentielle pour le concurrencer. Andry Rajoelina a donc intérêt à tirer leçon de ce récent passé, sinon aussi de tous les passés qui ont eu cours dans les autres domaines de la vie nationale.
Recueillis par Miadana Andriamaro


