« Un média sans contrainte ni complaisance », c’était le thème de la 25ème journée de la liberté de la presse ce 03 mai dernier. A Madagascar, le point culminant de cette célébration était la libération de la journaliste Arphine Rahelisoa, suite à la déclaration officielle du Président de la République Andry Nirina Rajoelina. Il va sans dire que les gens de la presse ont applaudi cette initiative car la journaliste a passé beaucoup trop de temps derrière les barreaux. Par contre, cette libération a un arrière-goût pour les journalistes car rappelons que ce sont les membres du gouvernement Rajoelina qui sont responsables de son emprisonnement. Alors que le code de la communication médiatisée a déjà dépénalisé le délit de presse, Lalatiana Rakotondrazafy, ministre de la Culture et de la Communication et son équipe ont trouvé un moyen de tordre la loi et de justifier tant bien que mal cette incarcération en allant même jusqu’à affirmer que son emprisonnement n’est pas lié à ses fonctions de journalisme. Au lieu d’en pleurer, les journalistes s’arment d’humour en jouant avec des expressions pour ironiser la situation. Blague à part, cette affaire est certainement le premier exemple de grâce présidentielle accordée à une personne qui n’a pas encore été inculpée. Il est difficile de ne pas croire que s’ils ont opté pour la libération c’est parce qu’il aurait été particulièrement acrobatique de l’inculper juridiquement parlant.
L’annonce de la libération d’Arphine Rahelisoa n’est pas une victoire de la presse car si liberté il y a, la journaliste n’aurait pas été incarcérée pour une raison ou une autre. Depuis l’ascension d’Andry Rajoelina au pouvoir, la presse a connu une régression nette. La preuve, la quasi-inexistence de la presse d’opposition. Une presse sans contrainte ni complaisance. A Madagascar, tout est à faire dans ce cadre. Les journalistes ne sont pas libres car aux moindres incartades et par incartades on entend des propos qui risquent de déplaire aux dirigeants actuels, ils risquent la prison. Alors, les journalistes préfèrent verser dans la complaisance. Caresser les teneurs du pouvoir pour avoir la paix et effectuer leur métier sans risque d’emprisonnement.
D’ailleurs, le discours du Président de la République laisse peu de place à la divergence d’opinion. Se croyant lui-même comme étant au service de l’œuvre de Dieu, il ne supporte pas les critiques constructives. Les opinions allant à l’encontre de son fameux remède-prévention contre les Covid-Organics sont considérées comme étant des actes antipatriotiques. La presse ne doit pas être au service d’Andry Rajoelina est ses illuminations divines. La presse a le devoir sinon l’obligation d’être objectif et particulièrement tenace pour rapporter au public les opinions et les contre opinions de sorte à avoir les informations nécessaires pour décider de lui-même.

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