La corde se tend entre le ministère de l’Agriculture et de l’élevage, la société émiratie Elite Agro LLC, d’une part, et les notables et les autorités coutumières ainsi que les populations locales, d’autre part, concernant le projet d’exploitation sur 60.000ha dans le Bas-Mangoky.
Le Centre de Recherches et d’Appui pour les Alternatives de Développement – Océan Indien (CRRAD-OI) et le Collectif pour la défense des terres malgaches – Tany ont évoqué dans leur communiqué d’informations, les propos de quelques députés qui ne voient pas d’inconvénients dans le partenariat avec la société émiratie dans le cadre du projet Bas-Mangoky, étant donné que 80% des produits achetés par l’Etat seront exportés et 20% vendus sur le marché local, ce qui dénote l’absence de priorité accordée à l’alimentation des Malagasy.
Il est inconcevable que les citoyens apprennent une information aussi importante en lien avec le « partenariat » sur 60.000 ha de terre. La connaissance de cette donnée a dû faire perdre les illusions des personnes qui ont cru que ce « partenariat » allait résoudre les problèmes d’insécurité alimentaire des Malagasy. Une poignée de députés aurait mené des enquêtes et consultations auprès de la population locale, et en revenant d’une visite sur la zone concernée par le projet en compagnie du Ministre de l’Agriculture, a fait une déclaration télévisée au cours d’une émission Spéciale Bas Mangoky le 10 février dernier, précisant qu’Ankiliabo, Andranopasy et Beharoana sont les communes du district de Manja dont les terres sont incluses dans le périmètre du projet. Les notables et autorités coutumières auraient donné leur bénédiction au projet lors du passage de Ministres et députés sur le terrain.
Incompréhension sur le Memorandum
Si le Président de la République a donné des instructions pour une transparence totale sur ce projet, le Memorandum of Understanding doit être diffusé et porté entièrement à la connaissance du grand public. Par ailleurs, la bénédiction des notables et autorités coutumières est effectivement importante et indispensable. Mais le décret 2004-0167, relatif à la mise en compatibilité des investissements avec l’environnement (MECIE) exige une étude d’impact environnemental dont le processus d’évaluation exige la pleine participation de la population affectée par le projet. Dans son article 18, ce décret définit la procédure d’enquête publique comme étant « un recueil des avis de la population affectée », et selon l’article 19, il ne permet pas aux ministres et aux députés de se désigner comme enquêteurs.
Les articles 20 et 21 décrivent à leur tour la deuxième forme de consultation publique, qui est l’audience publique. Ainsi, l’esprit et la lettre du décret MECIE traduisent la volonté du législateur de ne pas enfermer la population sous l’influence des intérêts politiques ou économiques afin de se construire un avis éclairé sur tous les enjeux de l’objet de la concertation. Bien que les responsables de l’Etat répètent incessamment que le Memorandum of Understanding signé avec la société Elite Agro dans le Bas-Mangoky ne concerne pas une vente de terres, les informations disponibles sur les actions de ce groupe dans les autres pays sont particulièrement inquiétantes comme en Serbie (Europe de l’Est).
Les collectifs appellent donc les autorités compétentes au sein du Comité Interministériel mis en place à faire connaître à tous les citoyens Malagasy le régime légal et les conditions qui vont régir cette zone de 60 000ha mise à la disposition de la société Elite Agro LLC. La vigilance et la méfiance des citoyens sont d’autant plus mobilisées que dès la fin décembre 2019 en matière d’investissements. Quelle sécurisation foncière additionnelle à l’avantage des investisseurs étrangers pense-t-on encore apporter dans le Code des investissements qui autorise déjà la vente de terres malgaches aux sociétés étrangères à condition qu’elles aient un associé malagasy, s’interrogent le CRRAD-OI et le collectif Tany. Les raisons de contester et de refuser ce « partenariat », dont les termes de l’entente semblent inavouables, augmentent.


