Plutôt discret ces derniers temps mais suivant toujours de près l’évolution de la situation globale qui prévaut dans le pays, le président national du « Rassemblement pour la Démocratie Sociale (RDS), Fetison Rakoto Andrianirina ressort d’un silence d’observation. Son constat est celui d’un citoyen sinon d’une population qui semble désemparée face aux menus problèmes qui affectent la vie actuelle du pays, et ce, dans pratiquement tous les domaines.
Un examen du mandat à mi-parcours du Président de la République s’impose afin de permettre à l’opinion en général et la classe politique en particulier d’évaluer les réalisations de l’Exécutif. Quelle analyse en faites-vous ?
Le Président Rajoelina et son gouvernement ont connu durant cette première moitié de leur mandat légal une série de mésaventures assez peu reluisantes à tel point qu’un scandale chasse un autre scandale. L’apparition subite et inattendue du coronavirus n’arrangeait pas leur cause, situation aggravée par l’opacité sur la gestion de cette crise sanitaire. Je dirais même un constat alarmant quand on sait que le gouvernement se trouve aujourd’hui incapable de résoudre les problèmes liés aux difficultés de la vie quotidienne tels que le prix, le salaire, le chômage, le logement, la santé, l’insécurité. A ce stade, on continue encore de parler de programme, alors que les concitoyens commencent à détester voire rejeter les litanies de promesse.
Craignez-vous un débordement de la population, à l’instar des évènements enregistrés ici et là, considérés comme une sorte de « justice populaire » ?
La désobéissance civile s’apparente à une sorte de symbole qui traduit la dégradation de l’autorité de l’Etat. Nos concitoyens, encore une fois, ont perdu confiance en notre système judiciaire, en l’efficacité de nos forces de l’ordre. Nous sommes pourtant dans une République et, s’il y a une loi qui passe avant les autres c’est que notre République doit être honorée et servie par tous les citoyens qu’ils soient partisans ou opposants et surtout par tous ceux qui ont pour attribution et pour mandat de la défendre. Que fait-on effectivement de la démocratie si nos dirigeants n’arrivent à engager ni la responsabilité administrative ni la responsabilité politique de ceux ou de celles qui sont impliqués de loin ou de près dans ces scandales ? Peut-on attendre à une stabilité quand la majorité de la population vit dans l’insécurité et dans la pauvreté, quand l’exploitation des richesses internes ne profite qu’à quelques-uns ?
Justement, ces derniers temps, l’on constate à une prolifération des trafics illicites de nos ressources minières et forestières, pour ne parler que celles-ci, comment pensez-vous les éradiquer ?
Ces trafics illicites de nos ressources ne datent pas d’hier et sont commis par des clans voire par des bandes, minoritaires en plus, qui veulent tout accaparer au point de verrouiller les rouages de l’Etat à leur profit. Le risque pour Madagascar de retomber dans de querelles irréversibles trouvera ses sources dans ce mode de fonctionnement si aucune mesure drastique n’est prise rapidement par le Président de la République. Le fruit de l’exploitation de nos richesses ne profite qu’à des gens sectaires et intolérants alors que les besoins pour un développement équilibré sont colossaux. La paix sociale et la paix civile ainsi que l’unité du pays se trouvent-elles menacées. Je concède que le niveau de violence sanglante a beau être minimisé à Madagascar mais la sensibilité à cette violence ne cesse d’augmenter, au risque de déchirer le tissu et la cohésion sociaux.
A tort ou à raison, l’opposition est étiquetée comme source d’instabilité à Madagascar. D’ailleurs, elle est taxée de toujours vouloir renverser le pouvoir en place, votre avis ?
Ce raisonnement est en effet une quadrature du cercle qui restera un défi à affronter. Les pratiques politiques à Madagascar font que, par amnésie sélective, ceux – opposants ou dirigeants – qui arrivent au pouvoir ne se souvenaient pas des critiques acerbes qu’ils ont portées à l’encontre du pouvoir, étant dans l’opposition. Un constat presque unanime se dégage, la classe politique actuelle semble être compromise qu’il faudrait sanctionner en choisissant de nouveaux décideurs politiques. Je peux vous dire, en passant, que les personnalités politiques capables de porter cet ardent devoir, celui de redresser et de développer le pays, ne manquent pas.
Qu’à cela ne tienne, le « ministère de la parole » doit revenir de droit à l’opposition dans un régime qui se veut être démocratique. L’opposition actuelle est tout à fait dans ses droits tels qu’ils sont définis par notre Constitution. Sensibiliser l’opinion, critiquer les travaux de l’Exécutif font partie de ses missions. Rejeter ainsi la faute à autrui sans être réellement responsable de ce qui arrive est désuet. Ce ne sont ni l’opposition politique, ni nos savants, ni nos économistes, ni même nos techniciens qui sont responsables de la situation actuelle mais ils sont, tout comme la population toute entière, victimes de cette politique de régression qui, finalement, se décide en dehors d’eux.
Quelles solutions proposeriez-vous ?
La capacité de Madagascar à dominer le présent pour préparer l’avenir doit être renforcée et déployée rapidement et plus largement. Elle doit être construite sur des fondations opérationnelles solides telles que le respect de l’Etat de droit, la bonne gouvernance, la transparence et la redevabilité. Pour l’heure, afin de préserver la stabilité politique et l’unité du pays, le Président de la République gagnerait à multiplier le dialogue avec tous les acteurs, sans distinction, de notre pays, y compris ses prédécesseurs élus ou désignés. Le dialogue va au-delà du cercle politique en incluant la société civile, nos experts et techniciens, les autorités traditionnelles et religieuses, les jeunes et les femmes, les handicapés, les divers groupements du secteur privé et syndicats. Il lui revient de droit de trouver la forme qui lui sied dans sa réalisation car, finalement, c’est le prix à payer pour une stabilité.

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