Sorti en 2001, réédité en 2018, Nour 1947 de Raharimanana narre l’un des évènements les plus déchirants et sanguinaires de l’histoire de Madagascar avec toutes les émotions de la terre. Des feuilles noircies de l’histoire d’un pays, de l’agonie de toute une population et de la quête de la liberté.
Comme de nombreux jeunes malgaches, Nour a trépassé lors de l’affrontement avec les français. Epris d’amour pour la liberté, pour ses terres, pour elle, son amoureux ne veut pas se résoudre à l’enterrer sur la terre imbibée du sang des siens et préfère une autre sépulture à l’objet de son amour. Pris de mélancolie, il quitte son village, les lieux habités par les perdants de cette bataille pour voguer plus loin encore dans l’espoir d’atteindre « Dziny » afin que son amoureuse rejoigne les créatures légendaires et surnaturelles. Nour 1947 raconte les errements morbides qui s’étendent sur sept vies.
Nour est sorti une première fois en 2001 à l’Edition Serpent à plume, l’auteur a par la suite repris le droit du livre afin de le rééditer à l’édition « Vent d’Ailleurs » en 2018. L’auteur a mis dix ans pour écrire le livre et d’ailleurs il confie qu’il y a sept versions de l’histoire et c’est la septième version.
« Que fut notre histoire pour que nous ne la confiions qu’aux rumeurs du temps ? Que sera-t-elle ? ». Un questionnement valable dans la démarche littéraire de Raharimanana comme dans la vie réelle car à Madagascar, on manque cruellement de connaissance par rapport à notre propre histoire. Ainsi, Nour est une histoire poignante des évènements du 29 mars 1947. Un récit humain qui narre les rêves des tirailleurs, l’objet de leurs insoumissions et leur croyance. L’amour sous sa forme la plus singulière et la plus barbare. Nour 1947 inspecte ces évènements sur tous les angles, en apportant des récits pouvant nous aider à mieux comprendre l’histoire.
« Nous croyons que cette île était si grande qu’elle était la terre entière » : jusqu’à maintenant on le croit encore. Et puis qu’on a matérialisé cette île comme étant l’univers, il est temps de mieux la connaître et l’œuvre de Raharimanana est incontournable pour ce faire. A lire et à relire.



