Dix millions de mariages d’enfants supplémentaires risquent d’être conclus d’ici à la fin de la décennie, menaçant d’anéantir des années de progrès pour réduire cette pratique, selon une nouvelle analyse publiée, le 8 mars dernier par l’Unicef. Il s’agit d’un rapport intitulé « COVID-19 : une menace pour les progrès enregistrés contre le mariage des enfants », publié à l’occasion de la Journée internationale des femmes. Il prévient que les fermetures d’écoles, les contraintes économiques, la perturbation des services, les décès durant la grossesse et les décès parentaux imputables à la pandémie augmentent les risques de mariage pour les filles les plus vulnérables.
Pour le cas de Madagascar, 44,4% des femmes de 20-24 ans ont été mariées avant l’âge de 18 ans. Ce taux s’élève à plus de 50% dans 5 régions du sud et ouest du pays. 13% des femmes de 20-24 ans ont été mariées avant l’âge de 15. Ce malgré le fait que la loi nationale malgache interdit le mariage en dessous de 18 ans. Les données du recensement général de la population (RGPH3) indiquent que 452.022 filles de 12-19ans sont mariées dont 21.010 âgées entre 12 et 14ans. L’âge moyen au premier mariage des filles est de 15,9 ans.
Le coronavirus affecte profondément la vie des filles. Les restrictions en matière de déplacement et l’éloignement social liés à la pandémie compliquent l’accès des filles aux soins de santé, aux services sociaux et au soutien de la communauté qui les protègent du mariage des enfants, des grossesses non désirées et de la violence liée au genre. Tandis que les écoles restent fermées, les filles sont plus susceptibles d’abandonner l’école et de ne pas y retourner. Les pertes d’emploi et l’insécurité économique accrue peuvent également contraindre les familles à marier leurs filles afin d’alléger leur fardeau financier.
À Madagascar aussi, la pandémie du Covid-19 et plus récemment la sècheresse dans le sud du pays ont augmenté la vulnérabilité des enfants à l’exploitation et le mariage d’enfant. Pendant une enquête dans le sud en décembre 2020, 81% des groupes de discussion affirment qu’il y a plus de mariage d’enfant depuis la sècheresse et la crise de sécurité alimentaire, et dû principalement aux difficultés des familles (manque de ressources et de nourriture). Face à cela, pour réduire les dépenses du ménage ou pour avoir des ressources (argent, bœuf), les parents donnent leurs filles en mariage et ces dernières doivent se plier aux volontés de leurs parents.
La pandémie a aggravé une situation déjà difficile pour des millions de filles. La fermeture des écoles, l’absence des amis et des réseaux de soutien et l’augmentation de la pauvreté ont ravivé un incendie que le monde avait déjà du mal à éteindre. « Mais nous pouvons et nous devons mettre fin au mariage des enfants », affirme Henrietta Fore, Directrice générale de l’Unicef. « La Journée internationale des femmes est le moment idéal pour nous rappeler ce que risquent ces filles si nous n’agissons pas tout de suite, à savoir la perte de leur éducation, de leur santé et de leur avenir », a-t-elle poursuivi. Et ce, en rouvrant les écoles, en mettant en place des législations et des politiques efficaces, en garantissant l’accès aux services sanitaires et sociaux et en fournissant des mesures de protection sociale exhaustives aux familles afin de réduire le risque que les filles se voient voler leur enfance par le mariage des enfants.


