IL Y A 45 ANS : Le colonel Ratsimandrava fut tué à Ambohijatovo

45 ans après l’assassinat du Colonel Richard Ratsimandrava, le 11 février 1975 alors qu’il venait à peine d’être investi à la magistrature suprême du pays, les souvenirs sont encore vivaces dans de nombreux esprits. Toutefois, ces dernières années, certains dirigeants qui se sont succédé au pouvoir semblent avoir ignoré voire oublié cette date historique et n’ont pas cru bon de la commémorer à l’instar de toutes les autres dates qui ont marqué la vie de la nation.

Quelques jours plus tôt, le pouvoir en place a commémoré les événements du 7 février 2009, et revient actuellement au devant de la scène pour commémorer cet assassinat de l’éphémère (une semaine seulement) Chef de l’Etat, du 5 au 11 février 1975. Une cérémonie militaire a été ainsi organisée devant la stèle d’Ambohijatovo Ambony en l’honneur et à la mémoire du Colonel Ratsimandrava. Plusieurs hautes personnalités du pouvoir, conduites par le Premier ministre Christian Ntsay y ont assisté.

Mis à part le renouvellement des condoléances et des marques de soutien et de réconfort à la famille, les discours prononcés ont été unanimes à faire l’hommage et l’éloge de l’illustre défunt dont nous nous permettons de relater ici sa biographie.

Né à Tananarive le 21 mars 1931, Richard Ratsimandrava quitte Madagascar pour la France afin d’y effectuer ses études supérieures. Après une préparation à la corniche Carnot de Dijon, il intègre l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, à Coëtquidan. Il portera les couleurs de l’armée française au Maroc et en Algérie. En 1959, alors qu’il est Lieutenant dans l’armée française, il est affecté à Madagascar au 12ème bataillon d’infanterie de marine à Fianarantsoa. Après l’indépendance de Madagascar, Ratsimandrava sert comme officier de l’armée de terre jusqu’en 1962.

Il entra ensuite à la Gendarmerie et devient Commandant en 1969. Il s’est fait connaître par son intervention dans le rétablissement de l’ordre public dans le Sud de l’île en avril 1971.

En 1972, le Président Philibert Tsiranana cède le pouvoir au général Gabriel Ramanantsoa qui devient alors chef du gouvernement en mai puis de l’État en octobre de la même année. Richard Ratsimandrava est appelé à devenir ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement.

Le Général Désiré Rakotoarijaona, ancien commandant de la Gendarmerie nationale a prononcé un vibrant hommage au Colonel Ratsimandrava.

Instauration de la politique sur le Fokonolona

Il a alors l’idée de fonder sa politique intérieure sur le cadre de gouvernance existant basé sur le « fokonolona » qu’il voit comme seul cadre institutionnel et économique possible, car viable et reconnu par et pour la majorité de la population, pour le développement de Madagascar.

Le 5 février 1975, à cause de rivalités et de problèmes non résolus et face à la situation de crise politique, Ramanantsoa lui remet les pleins pouvoirs. Ratsimandrava lui répondit: « Tsy hiamboho adidy aho mon Général. Satria mitady olona handray andraikitra izao fotoan-tsarotra diavin’ny firenena izao». Une phrase célèbre qui restera gravée dans l’histoire.

Il cumule alors les fonctions de Chef de l’État et du gouvernement, ainsi que de ministre d’État, chargé de la Défense nationale et du Plan.

Durant son mandat, il a tenu à appliquer la malgachisation de l’économie plus soucieuse d’équité et de justice et la décentralisation des pouvoirs.

Des membres de la famille Ratsimandrava.

Plusieurs thèses sur son assassinat

Le 11 février aux alentours de 20 heures après avoir quitté le Conseil des ministres à Anosy, Ratsimandrava est abattu par balles dans sa voiture de fonction par un commando du Groupe Mobile de Police (GMP).

Plusieurs thèses ont alors été avancées. Selon la version officielle, il s’agirait d’une affaire politique liée au GMP.

On a appris également que plusieurs hautes personnalités politiques ont été entendues par la justice à savoir le Président Tsiranana et le Colonel Roland Rabetafika aperçu sur les lieux.

Malgré le long procès qui se déroule sous le directoire militaire de transition dirigé par le Général Gilles Andriamahazo, aucune lumière ne sera faite sur l’assassinat de cet homme à cause des pressions.

Finalement, le procès de l’affaire Ratsimandrava va s’arrêter pour sauvegarder l’unité nationale du pays, déjà assez fragilisée à cette période.

La fin de la transition en 1975

Cet assassinat a marqué un tournant décisif dans l’histoire politique de Madagascar. Quelques heures après la mort de Ratsimandrava, un directoire militaire chargé d’entamer une période de transition est créé et dirigé par le général Gilles Andriamahazo. On assiste alors à un quasi-scénario de guerre civile entre les partisans du gouvernement militaire et ceux de l’ancien président Tsiranana, alors que la loi martiale est décrétée.

Le 13 février, les partis politiques sont suspendus et les tensions continuent à travers tout le pays où des mutins s’engagent dans des violences. Le lendemain, la reddition des mutineries permet la fin des combats. André Resampa, un des responsables présumés des troubles, est arrêté.

Le 21 mars, un procès est alors ouvert pour juger les personnes impliquées dans les évènements, dont Tsiranana. Le 12 juin 1975, trente des inculpés sont acquittés dont Resampa et Tsiranana. Trois jours plus tard, le directoire militaire décide d’élire le Capitaine de Frégate et ministre des Affaires étrangères de Ramanantsoa, Didier Ratsiraka, comme nouveau chef de l’État.

La Gendarmerie nationale est venue en masse à cette commémoration. 

 



Aux morts en « service commandé »

L’Etat , par la voix du Premier ministre Christian Ntsay, lors de son  intervention de ce matin durant la cérémonie de commémoration de l’assassinat du Colonel Richard Ratsimandrava, a annoncé que le 11 février sera désormais dédié non seulement à la commémoration de ce douloureux événement mais aussi aux militaires qui ont perdu leur vie durant leur service.

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