Le président national du Renouveau pour la Démocratie Sociale (RDS), Fetison Rakoto Andrianirina revient à la charge. Cette fois, il s’adresse personnellement au Président de la République Andry Rajoelina, à qui il relance sa proposition de « Convention nationale de santé ». Entretien.
Vous n’avez sans cesse appelé à une concertation pour la lutte contre le Covid-19 alors que les responsables en restent insensibles ? Pourquoi insister ?
Les conséquences de cette pandémie ne peuvent pas être résumées en une erreur de jugement et de stratégie d’une seule poignée de personnes, aussi responsables et élus fussent-ils ! Madagascar et son Peuple dont l’avenir s’annonce très sombre vont le payer cher. Nous ne pouvons pas admettre qu’un seul mandat politique mette en péril l’avenir de toute une Nation. D’où cet entêtement dans la recherche de solutions appropriées face à cet ennemi commun qu’est le corona virus.
Vous semblez être en désaccord avec ce qu’entreprend le Gouvernement face à cette pandémie !
Je ne suis pas seulement réservé mais inquiet même malgré l’ensemble des mesures prises par les responsables étatiques sous l’impulsion personnelle du Président de la République, à qui on ne peut qu’adresser les remerciements d’usage pour ses efforts personnels. Mais dans un métier de haut responsable de l’Etat, abondance de précaution fait loi et comme le suggérait Hippocrate, aux grands maux, les grands remèdes et effectivement, nous n’avons d’autres choix que trouver les meilleures mesures qui siéent au contexte national.
Votre dernière action consiste à adresser une lettre ouverte au Président de la République. Quel est réellement votre but ?
Le Président est devant un choix d’éthique très grave. Quatre mois de confinement n’ont rien donné sauf qu’aggraver non seulement la prolifération de la pandémie mais aussi la situation de pauvreté de chaque famille et l’activité économico-sociale du pays. Les statistiques ont démontré que pour Madagascar, le taux de létalité se trouve moins de 1 %, 75 % et 24 % des testés positifs au Covid-19 sont respectivement guéris et en cours de guérison. Les aides sociales de l’Etat ne sont pas intarissables, les aides de nos partenaires techniques et financiers non plus. Je me pose la question s’il ne serait pas envisageable désormais de prendre en considération la notion de valeur statistique d’une vie humaine dans nos décisions !
Et concernant votre proposition de Convention Nationale de Santé, qu’en est-il exactement ?
Le déconfinement généralisé ou progressif ou sélectif ne pourra être possible et réussi que si tous les partenaires concernés en sont consultés, à savoir les professionnels de la santé pour les mesures sanitaires adaptées, les organisations de la société civile, y compris les organisations religieuses pour l’information, éducation et communication, les organisations patronales et syndicales pour la reprise des activités afin d’éviter le licenciement et le chômage, les responsables politiques pour observer une trêve et une solidarité face à cette lutte, les forces de l’ordre pour maintenir la paix civile. Cette Convention Nationale de Santé engagera tout le monde pour le respect des mesures sanitaires ainsi décrétées.

EXTREME URGENCE SANITAIRE
Malgré l’ensemble des mesures décidées par l’Etat, sous l’impulsion personnelle du Président de la République et celle du gouvernement, il se révèle par l’aggravation même de la pandémie sur le sol malagasy qu’elles sont, soit insuffisantes, soit mal ciblées, soit encore inadaptées.
Aux considérations purement médicales et de sécurité sanitaire doivent être prises étroitement en compte les réalités sociales, sociologiques et économiques sur le terrain.
Car, l’évidence de l’impossibilité de maintenir cloîtrée un pan entier d’une population qui n’a pas de toit, ni de possibilité d’autosuffisance alimentaire ou sanitaire impose d’urgence des mesures adaptées.
L’autre évidence d’une indispensable relance de l’activité économico-sociale s’impose, car l’atonie d’une économie déjà sinistrée avant la survenue de la pandémie du Covid-19 génère actuellement, de jour en jour, des catastrophes dans tous les secteurs et des drames humains intolérables tant ils se généralisent, à tel point qu’aucune famille n’est épargnée.
Il s’en conclut de façon irrémédiable qu’un déconfinement – généralisé ou sélectif – s’avère urgent.Il est donc de la plus haute et urgente responsabilité de l’Etat de désormais convoquer de toute urgence une consultation des forces vives de la Nation malagasy afin que :
- l’Etat (dans toutes ses composantes centrales), les collectivités locales, les instances représentatives des différentes couches de la population, les différents corps de métiers et spécialement le corps médical (civil et militaire), les partenaires techniques, les organisations de la société civile, les organisations patronales et syndicales, les organisations caritatives, se concertent afin de parvenir dans un délai d’une quinzaine de jours, à définir un dispositif sanitaire pleinement efficace et adapté ;
- ledit dispositif – adopté sous la forme d’une « Convention Sanitaire Nationale » (CSN) pour une durée déterminée d’un mois renouvelable ou adaptable de mois en mois – devra être initié par le Président de la République qui prendra la forme d’une loi d’urgence sanitaire, ce qui permettra au gouvernement de prendre dans la foulée et de toute urgence les décrets d’application subséquents.
Dans ce dispositif, tous les moyens de l’Etat seront mobilisés et mis en œuvre, y compris ceux des forces armées, dont il est rappelé ici que la notion de défense nationale, au-delà de caractère purement militaire, inclut aussi, en cas de danger, celle d’assurer la sécurité et la sûreté sanitaires de la population en cas de pandémie, ce qui est le cas.
Dans ce sursaut national suscité par les nécessités du moment, le Renouveau pour la Démocratie Sociale (RDS) prendra et assumera toutes les responsabilités qu’exige la situation.
Fait à Antananarivo, le 30 Juillet 2020
Fetison Rakoto Andrianirina

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