Se faire justice soi-même nécessite un degré d’inconscience collective tel que chaque individu se croit détenir le secret de la vérité et l’unique propriétaire de la sagesse. A un point tel qu’on prête aux autorités compétentes des mauvais desseins et l’incapacité à établir l’ordre et la paix sociale. A Madagascar, cette situation est amplifiée par un système judiciaire partiellement corrompu qui ne fait qu’accroître ce syndrome chez la population. Les derniers événements d’Ambilobe témoignent de ce soif qu’a la population malgache à obtenir justice elle-même par tous les moyens.
Ce phénomène social ne date pas d’hier. Par contre, le développement en terme de communication n’a fait qu’accroitre cette envie et ce besoin de s’en prendre à l’autre qu’on juge indigne et acteur d’un comportement inacceptable.
Si dans la vindicte populaire physique, la population s’attaque à des personnes qu’elle soupçonne d’avoir commis des actes répréhensibles tels que le meurtre, le viol, le vol, l’incendie volontaire et d’autres crimes ; la vindicte populaire numérique ne s’embarrasse pas d’autant de valeur. Il suffit d’un rien, d’un seul écart de conduite et tous les internautes malgaches s’en donnent à cœur joie. Une faute d’orthographe que certains jugeront inacceptable, une tenue que les internautes décréteront indécente. Il suffira d’un rien pour que n’importe qui devienne la victime de cette chasse à l’homme sans but précis sur internet. Comme partout dans le monde, les adolescents sont les premiers à être victimes de ce fait divers. Et pourtant la particularité malgache c’est que si à l’étranger, le harcèlement numérique envers les adolescents est généralement perpétré par des adolescents, à Madagascar la réalité est tout autre. La plupart du temps, ce sont des adultes qui s’en prennent à des jeunes en pointant du doigt cette génération soit disant mal éduquée. Et si c’est le cas, à qui la faute ?
La violence des mots perpétrés envers ces jeunes, l’acharnement dont ils sont les victimes peuvent bouleverser d’une manière irréversible la vie de ces jeunes. Avant de prendre part à une telle manœuvre, posez-vous la question : et si c’était un de vos proches qu’on traitait de la sorte ? Et si dans votre jeunesse on vous a traité ainsi ? Qu’en est-il ?
Madagascar a actuellement une brigade pour la lutte contre la cybercriminalité. Au lieu de tout le temps pointer cette jeunesse d’exhiber sa vie sur Facebook, si cette brigade œuvrait plus pour la protection des jeunes que celle des dirigeants (adultes et très peu réceptifs aux critiques), on arrivera mieux à protéger nos jeunes de ce harcèlement numérique. En attendant, les internautes sont déjà en quête de leur prochaine victime numérique.

Pour mieux vous servir, l’AMP travaillera dans le respect de tout un chacun, dans la réalité des actualités et de ce qui nous entoure. L’objectivité sera notre mot d’ordre.

