Au pays du « Mora-mora »

Après Trano Mora, est venu le vary mora, puis le tsena-mora et maintenant on nous annonce la mise en place du Dokany mora sur toute l’île. Selon la communication du Gouvernement, c’est une solution visant à faciliter la vie des agriculteurs malgaches. Au pays, il y en a pour tous les goûts et cette recrudescence de structure « mora » ressemble vivement à une blague de mauvais-goûts. Car faut-il rappeler le flop qu’a suivi le programme « Trano mora ». Les jeunes n’en ont pas fini de blaguer avec « mora simba » selon certains, « mora adino » pour la majorité des Malgaches. Et les « vary mora » comme il a fallu s’y attendre « mora lany ».

A l’heure où le pays a besoin de solutions pérennes et durables, Andry Rajoelina et son équipe se contentent de jouer à l’infirmière et au lieu de soigner les blessures, ils se contentent de colmater les plaies. Qu’on ne se leurre pas, offrir la possibilité aux plus pauvres d’acheter des produits de premières nécessités de mauvaises qualités ne consistent en rien en une solution viable. Hausser et améliorer le niveau de vie des citoyens en leur donnant un moyen de subsistance, c’est là la véritable mission du gouvernement malgache.

Que reproche-t-on aux dokany mora ? Ce n’est certainement pas l’initiative d’aider les agriculteurs malgaches à mieux produire mais la facilité qu’a le gouvernement à se tromper d’axe d’action. Madagascar étant majoritairement peuplé d’agriculteurs, proposer un tel projet sans une mesure au préalable revient à endetter d’une manière irréversible les paysans. S’il ne leur fallait que des engins ou des semences, l’évolution agricole malgache se serait enclenchée depuis belle lurette. Les agriculteurs malgaches pratiquent actuellement la culture de subsistance. C’est-à-dire, ils produisent tout juste ce qu’ils consomment. A ce stade, il aurait été bénéfique de leur apprendre à œuvrer autrement. Leur donner la connaissance pour qu’ils entreprennent une agriculture de commerce et seulement là, leur proposer des matériaux agricoles à bas prix qu’ils pourront payer petit à petit. Et cela n’est pas suffisant, offrir également aux paysans l’opportunité de faire affaire avec leurs récoltes, sans oublier l’essentiel, refaire la route pour qu’ils puissent sortir leurs récoltes de leur localité.

Rien ne se fait par magie, on n’est pas dans une conte de fée où il suffit de secouer une baguette magique pour améliorer l’agriculture du pays. Les questions d’ordre foncier, la formation des paysans, mise en place d’un marché équitable pour recevoir le produit des pays ce sont les efforts auxquels le Gouvernement devrait sérieusement s’atteler pour que les services « mora » soient à la portée de tout un chacun.

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