DÉVELOPPEMENT AGRICOLE : L’agro-industrie n’est pas la seule solution

Beaucoup de dirigeants malgaches encensent les entreprises de l’agro-industrie comme étant le système de production agricole qui va sauver le pays de la famine. Mais c’est ne pas tenir compte du poids et de l’importance de l’agriculture familiale à Madagascar.

Le rêve d’une agro-industrie gérée par des entreprises étrangères à la technologie moderne a amené les dirigeants successifs à prôner la mise en place de Zones Industrielles Agricoles et de Zones Économiques Spéciales, notamment Agricoles selon l’I.E.M.

Et l’une des  premières étapes consiste à expulser les paysans et communautés locales de leurs terres. L’octroi de 80 ha aux Mauriciens dans le district de Moramanga en est un exemple parmi tant d’autres, car il est certain que des paysans en ont déjà exploité tout ou une partie, même s’ils appartenaient à L’Etat.

Mais ces expulsions des Malgaches  de leurs terres doivent cesser. La terre est souvent le seul bien qui leur reste, et dans tous les cas, le principal moyen de production des paysans. Les indemnisations et compensations promises ne remplaceront jamais les terres.

D’autant plus que l’agro-industrie  ne fournira autant d’emplois que l’agriculture familiale. Dans ces conditions, il convient de renforcer le soutien de l’Etat au développement de l’agriculture familiale paysanne pour que les paysans malgaches ne deviennent pas tous des salariés de l’agrobusiness, dépendant des emplois souvent saisonniers et temporaires, et utilisés comme main-d’œuvre à très bon marché comme du temps de la colonisation.

Le cas échéant, ils n’auront plus de pouvoir de décision sur leurs activités et devront acheter les produits vivriers destinés à la nourriture de la famille sur le marché, au lieu de consommer leur production. Ils devront se contenter  des brisures de riz importés, les seuls produits qui resteront à la portée de leurs revenus devenus de plus en plus insuffisants.

Ainsi, quel que soit le développement de l’agro-industrie, elle ne pourra jamais fournir de l’emploi à tous les paysans malgaches. C’est  dire que les exploitations familiales existeront toujours et qu’il faut penser à les soutenir. Les dirigeants malgaches devraient procéder à l’organisation d’un meilleur accès des Malgaches  à la terre dans toutes les régions, en donnant une partie des terrains appartenant à l’Etat aux collectivités décentralisées, confier la gestion et mise en valeur aux communes et aux fokonolona, afin d’assurer l’autosuffisance alimentaire des habitants et des revenus par la vente du surplus.

Ranaivo Lala Honoré

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