RETRAIT DE BILLETS DE BANQUE DE LA CIRCULATION : Les motifs ne sont pas toujours évidents

Le conseil de gouvernement du mardi 26 novembre 2019 a adopté un décret mettant fin, à la date du 31 décembre 2019, au cours légal des billets de banque de 10 000, 5 000 et 2 000 Ariary émis en 2003. Certes, c’est une opération régalienne relevant de la banque centrale  et qui est souvent justifiée par l’état des billets de banque en circulation. Pourtant, certains de ces billets dont beaucoup circulent encore, sont en très bon état, pour ne pas dire presque neuf, en particulier les billets de 2 000 Ariary.

Dans ces conditions, est-ce une priorité ? Le cas échéant, pourquoi ? Il faut savoir que l’émission de nouveaux billets revient chère et que chaque opération de ce type doit être justifiée. Le retrait de ces billets signifie qu’ils vont être remplacés, à moins bien sûr que la monnaie mise en circulation sur le territoire national ait été supérieure à ce qui devrait l’être ! Et qui dit remplacement, dit que de nouveaux billets ont été préalablement  disponibles, donc imprimés. Or, c’est l’impression qui coûte cher à l’Etat.

L’opinion publique se demande aussi pourquoi le délai d’échange de ces anciens billets contre des nouveaux est réduit ? En effet, cela cause des désagréments aux possesseurs de ces types de billets de banque qui doivent effectuer la démarche auprès d’une banque. Et le fait que cela intervienne presque en même temps que la nomination d’un nouveau gouverneur auprès de la Banque centrale de Madagascar, comme par hasard, fait tiquer cette même opinion.

Certaines idées supputent que l’opération a été mise en place afin de « bloquer » certains capitaux cachés (des « trésors de guerre » comme on le dit) qui ne transitent pas par le biais du circuit normal, c’est-à-dire bancaire. Vrai ou faux ? Toujours est-il que certains faits tendent à confirmer l’existence de ces capitaux  tels que les 12 milliards d’Ariary qui ont été volés au domicile de Solonandrasana Mahafaly Olivier en 2016, alors Premier ministre. Est-ce la raison pour laquelle l’échange est plafonné à 1 million d’Ariary.

Quoi qu’il en soit, le simple citoyen retiendra qu’aujourd’hui, alors que Andry Rajoelina accède récemment à la tête du pays, on retire de la circulation les billets qui ont été émis en 2003, c’est-à-dire, juste après l’avènement de Ravalomanana au pouvoir. Simple coïncidence ? Toujours est-il, qu’on le veuille ou non, le billet de 10 000 Ariary  émis en 2003 montre d’une manière très significative l’accession du parti de Ravalomanana au pouvoir. Et c’est l’image qu’on veut définitivement gommer ?

Ranaivo Lala Honoré

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