CULTURE DU RIZ HYBRIDE : Des menaces pour le paysan malgache

Atteindre l’autosuffisance alimentaire, en particulier en ce qui concerne le riz,  le produit de consommation de base de la population, a toujours été le rêve de tous les dirigeants du pays qui se sont succédé. Le pouvoir actuel partage le même rêve et mise sur le riz hybride. Ce qui n’est pas sans danger pour les paysans malgaches.

Madagascar a besoin de 400 000 t de riz par an pour satisfaire les besoins de la population.  Ce qui est loin d’être le cas car chaque année nous importons entre 150 000 et 250 000 t de riz  par an, cela  en fonction de la production nationale. Avec un rendement moyen national de 4t/ha, on aurait besoin de 100 000 Ha pour produire cette quantité. Toutefois, la riziculture malgache ne couvre  que 40 000 ha actuellement.

Par ailleurs, le rendement moyen national est loin d’atteindre les 4 t/ha. Cette performance n’est atteinte que par l’application d’un système de riziculture améliorée alors que c’est le système traditionnel qui prédomine avec un rendement se situant entre 1,5 et 2,5 t/ha.

Pour toutes ces raisons, aujourd’hui on encourage les paysans à produire des semences de riz  hybride. Le ton est ainsi donné ! La priorité est donnée à la culture du riz hybride pour atteindre l’objectif d’autosuffisance en matière de production rizicole. La question qui se pose est : va-t-on assister à l’éclosion d’une nouvelle race de  paysan, à savoir, des paysans spécialisés dans la production de semences de riz hybride ?

Ce choix s’explique par le haut rendement obtenu avec ce type de culture. En effet, avec le riz hybride,  le rendement se situe entre 7,5 et 10 t/ha, soit plus du double du rendement obtenu avec le système de riziculture améliorée.

Mais, la culture du riz hybride présente beaucoup d’exigences et de contraintes : Outre celles relatives aux travaux culturaux proprement dits, il faut noter en particulier, le  besoin d’utiliser beaucoup d’intrants, notamment, de l’engrais chimique. Le paysan malgache pourra difficilement autofinancer ces besoins. Déjà que dans l’agriculture traditionnelle, il utilise surtout du compost.

Par ailleurs, il lui faudra alors, lors de chaque campagne culturale, acheter des semences ; En effet, avec le riz hybride, il ne peut pas garder une partie de sa récolte pour servir de semences. Tout compte fait, avant de profiter du rendement plus qu’avantageux du riz hybride, il faudra au paysan investir beaucoup plus pendant la campagne de culture.

Suivant des études comparatives déjà effectuées, pour exploiter 1 hectare de terrain en riz hybride, les dépenses totales s’élèvent à 3 265 000 Ar. Il est difficile de croire que le paysan malgache possèdera les moyens financiers suffisants pour autofinancer son exploitation.

De plus, avec l’utilisation massive d’engrais chimique dans la culture du riz hybride (jusqu’à 300 kg/ha), le sol va rapidement se dégrader. A termes, ce sont les rizières qui risquent de devenir stériles. Un grand danger qui menace nos paysans.

Ranaivo Lala Honoré

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