Il va sans dire que de goût et de couleur, on ne discute pas. Il ne s’agit effectivement pas de défendre l’intérêt de la chanteuse d’origine de Nosy-Be car on tient à préserver la neutralité face à cette affaire. Par contre, la frontière entre réactivité et l’acharnement est très fine et on craint que cette histoire marque le retour de la censure à Madagascar.
Le ministère de la Communication et des Arts prendra-t-il des mesures à chaque fois que des internautes feront un coup de gueule sur les réseaux sociaux ? C’est la question que tout le monde se pose actuellement. Cette histoire commence ainsi, un influenceur a dénoncé les paroles de la nouvelle chanson de Rijade quelque peu provocatrices et le ministère a décidé d’agir en conséquence. Outre l’interdiction d’antenne du titre en question, Rijade a été conviée de retirer son morceau de toutes les plates-formes web. Une demande à laquelle elle s’est volontairement pliée. Respectueuse de la loi, la chanteuse s’exécute et ce à travers une lettre qu’elle a adressé au ministère ce jour en assurant de sa collaboration, mais vu les raisons évoquées par le ministère, cette action n’est qu’un pavé dans la marre.

La charge de l’éducation
Sans verser dans la philosophie, l’être humain est amené à côtoyer et évaluer plusieurs courants idéologiques. La censure dans sa forme la plus singulière ne sert qu’à colmater la brèche et non à guérir un mal. Ce n’est pas en interdisant une chanson qui parle de prostitution qu’on arrivera à faire baisser le taux de prostitution chez les mineurs dans la Grande Île. En effet, c’est une réalité existant bien avant la chanson de Rijade. Sur le plan artistique, cette décision est alarmante. L’art a le devoir d’émerveiller, de déstabiliser, de choquer si nécessaire. Chaque artiste a son style, ses sujets de prédilection. Etablir une forme de censure ne servirait qu’à étouffer l’art. Les artistes ne sont pas prédestinés à rester dans le domaine du conventionnel. Si le souci est vraiment d’ordre éducatif, il incombe à chaque parent de filtrer les influences artistiques de leurs enfants et non de mettre des barrières à la création artistique.
Bien que comparaison n’est pas raison, rappelons qu’à ses débuts, le légendaire artiste Samoela a subi plus d’une censure, actuellement il est considéré comme l’un des artistes mythiques de Madagascar. C’est juste une affaire de perspective.

Pour mieux vous servir, l’AMP travaillera dans le respect de tout un chacun, dans la réalité des actualités et de ce qui nous entoure. L’objectivité sera notre mot d’ordre.

